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Année 2016 : Mois 11 - 12

Francis Delpérée: Louvain – Saint-Louis [Editorial]Renaud Denuit: L’Europe a besoin d’un président élu directement [europe]Vincent Genin: Quand Caïn scrute Abel… [histoire]Dominique Lysse: Asie centrale : un destin ambigu [point de vue]Michèle Levaux: Ceux qui nous quittent [in memoriam]Valmy Féaux: François Mitterrand, vingt ans après [Une commémoration]Jean-Paul Baras: François Mitterrand, l’Européen [Une commémoration]Adolphe Nysenholc: Amour et juifs au cinéma (II) [Cinéma] Collectif: Le prix Martine Aublet à Philippe Paquet pour sa biographie Simon Leys -- Le prix Marguerite Van de Wiele 201 [Prix littéraires]Francis Guérande: Francis Walder, prix Goncourt 1958, aurait eu cent ans cette année [nos lettres] 



Année 2016 : Mois 9 - 10

Francis Delpérée: En guise de préambule [Editorial]Francis Delpérée: Hommage à Philippe Roberts-Jones [in memoriam]Jacques De Decker: Philippe Jones : facettes d’un poète disparu [in memoriam]Jean Jauniaux: Rencontre avec Philippe Jones [in memoriam]Renaud Denuit: Brexit : entre grand large et basses étroitesses [politique internationale]Mona Ozouf: Le sentiment national peut-il encore exister aujourd’hui ? [Réflexion]Raoul Delcorde: La diplomatie à l’heure de la mondialisation [Réflexion]Dominique Lysse: Créations du monde, entre le marteau et les équations [point de vue]Adolphe Nysenholc: Amour et juifs au cinéma (I) [Cinéma] 



Année 2016 : Mois 7 - 8

Francis Delpérée: Juste un petit mot [Editorial]Xavier Follebouckt: Les leçons du passé : la Russie et le conflit ukrainien [politique internationale]Tanguy de Wilde d'Estmael: L’intervention internationale en Syrie :les raisons d’une réticence [politique internationale]Bernard Coulie: Le génocide de 1915 à la lumière de l’histoire des Arméniens : passé et avenir [politique internationale]Simon Delplanque: La Belgique, acteur insignifiant du système international ? [politique internationale] Collectif: Valmy Féaux, Francis Delpérée : Dialogue citoyen [Entretien]Daniel Charneux: À la Recherche du Temps perdu : un haïku dilaté ? [Littérature]Marcel Detiège: Jacques De Decker [rencontre]France Bastia: Jean-Sébastien Poncelet et La tendresse des séquoias [nos lettres] 


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Renaud Denuit
Changer l’Europe




L’accord du 8 février au Conseil européen sur le nouveau cadre financier pluriannuel de l’Union (2014-2020) est une mauvaise nouvelle. Il ne traduit pas une vision d’avenir. Il en remet une couche dans l’austérité. Il résulte des égoïsmes nationaux.

L’Union européenne s’est pourtant dotée, au début de cette décennie, d’une Stratégie 2020 mettant l’accent sur la croissance, les énergies durables, une économie plus verte, la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté, la stimulation de l’éducation, de la recherche et de l’innovation. Comme le veut le traité, le budget européen doit donner de l’effectivité aux politiques de l’Union. Le cadre financier fixe une enveloppe globale pour sept ans, ainsi que des enveloppes maximales pour chaque grand domaine.

Á cette fin, la Commission européenne, dans son rôle, avait fait une proposition aux États membres, avec un montant global d’un peu plus de 1045 milliards d’euros, contre 993 pour le septennat qui s’achève. La ventilation traduisait les grands objectifs de la Stratégie 2020. Cette proposition a été rabotée une première fois au Conseil européen de novembre, qui se solda par un échec, dû à l’intransigeance des partenaires cultivant une vision minimaliste de l’intégration, emmenés par le Royaume-Uni.

Le compromis de février résulte de coupes sombres supplémentaires, spécialement dans les rubriques Compétitivité pour la croissance et l’emploi (recherche, éducation, infrastructures de transport, d’énergie, télécommunications, etc.) et Europe dans le monde (diplomatie européenne, aide au développement, actions humanitaires). Il est arrêté à 959,9 milliards d’euros en crédits d’engagement (soit 1 % du revenu national brut de l’Union) et 908,4 milliards d’euros en crédits de paiement. L’écart inédit entre les deux types de crédits, qui conduira de facto à diminuer les engagements, a permis le compromis, obtenu par le président Van Rompuy, entre les pays contributeurs nets et les bénéficiaires nets.

Le cadre financier détermine les limites de chacun des sept budgets qui devront être approuvés chaque année conjointement par le Conseil (27 ministres) et le Parlement européen et qui, en l’occurrence, devraient être tous inférieurs à ceux de la période s’achevant cette année. Ils ne pourront donc traduire l’effort d’investissement dans les domaines prioritaires et porteurs d’avenir, dont les programmes concrets, actuellement en discussion, devront être revus à la baisse. Prenons un exemple simple : au lieu de permettre à cinq millions d’étudiants de bénéficier d’une bourse Erasmus, il n’y en aurait plus que quatre millions. De surcroit, le nouveau cadre diminue de 40 % l’aide européenne aux plus démunis, à travers les banques alimentaires et autres restos du cœur, qui sont d’autant plus alarmés que ceux qui frappent à leur porte sont de plus en plus nombreux. Actuellement, Eurostat estime à plus de 24 % les Européens confrontés à la pauvreté et à l’exclusion sociale, dont le nombre augmente depuis 2011. L’Union semble vouloir accroitre encore la détresse des victimes d’une politique d’austérité continentale largement définie à son niveau – comme si la machine était devenue folle.

Quel est l’argumentaire de ceux qui ont une vision restrictive du budget européen ? En court : les États font des économies pour réduire leur déficits nationaux, que l’Union en fasse autant ! Or le budget européen, d’année en année, est en équilibre, comme le prescrit le traité, et est devenu aujourd’hui, constatent nombre d’économistes, le seul véritable outil d’une possible relance de l’économie européenne, entrée en récession. En fait, derrière cet argumentaire fallacieux se cache une conception à court terme des intérêts nationaux des pays les plus riches, voire aussi, comme en Allemagne, des intérêts électoraux. Ainsi, la structuration de la dernière négociation a-t-elle cassé l’axe franco-allemand et coalisé les minimalistes autour de M. Cameron, lui-même tributaire de l’aile eurosceptique de son parti, elle-même alimentée idéologiquement par une presse populiste aux messages simplistes. Poussant son avantage, Cameron promet, s’il est réélu, un référendum sur l’appartenance de son pays à l’Union, comptant d’ici là arracher des concessions supplémentaires de ses partenaires européens, lesquels n’osent élever le ton, soucieux de maintenir l’unité de l’Union, comme les présidents des institutions, voire celui de la France.

Le Parlement européen peut casser ce tragique engrenage. Son vote d’approbation est indispensable avant que, formellement, le Conseil approuve définitivement le nouveau cadre. En cas de rejet, l’on se limiterait à des budgets annuels, pour lesquels les députés sont codécideurs. Les prises de positions actuelles des grands groupes politiques sont extrêmement sévères pour l’accord du 8 février. Le 18, Van Rompuy et Barroso ont reçu de leur part un accueil glacial. Les dirigeants des autres institutions tenteront d’amadouer les parlementaires avec des promesses de flexibilité. Voilà une partie politique vraiment intéressante à suivre. Si le Parlement veut provoquer un choc dans l’opinion, en se profilant comme le champion de la relance économique et de l’espoir européen, il peut le faire. En aura-t-il le cran ?

Dans une quinzaine de mois, lors d’un méga-scrutin, nous élirons nos députés européens. Leurs qualités personnelles, leur connaissance des institutions et des politiques, leur indépendance et leur courage seront d’une importance majeure. Encore faut-il que notre presse donne à cet enjeu la visibilité qu’il mérite. Car changer l’Europe ne pourra se faire qu’à partir de la base, de cette agora européenne en gestation, de citoyens informés et mobilisés, qui suivront attentivement l’action de leurs élus, avec l’aide de journalistes professionnels qui auront fait leur travail. Dès aujourd’hui.





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